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lionel baland

  • Oswald Spengler à Munich...

    Nous reproduisons ci-dessous un texte de Lionel Baland cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à Oswald Spengler...

     

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    Tombe d'Oswald Spengler à Münich

     

    Oswald Spengler à Munich : du « socialisme prussien » au mythe du soldat de Pompéi

    Oswald Spengler, qui compte parmi les théoriciens prépondérants de la Révolution conservatrice allemande, a passé deux parties de son existence à Munich, la première en 1901-1902 et la seconde de 1911 à sa mort survenue en 1936. Lionel Baland retrace la vie au sein de la capitale bavaroise de cet écrivain dont les idées décadentistes sont de nos jours en pleine résurgence et dont l’ouvrage le plus célèbre, Le Déclin de l’Occident (1918 et 1922), a été rédigé au sein de cette cité, à l’instar de Prussianité et socialisme (1919), de L'Homme et la Technique (1931) et d’Années décisives (1933).
     

    Né en 1880, Oswald Spengler débarque, souffrant de violents maux de tête, pour la première fois à Munich un soir d’octobre 1901. Au cours de la première nuit, il est piqué par des punaises. Il change de lieu et loge chez la veuve du juge Weigel, dans la Kaulbachstrasse, au sein du quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing – qui comprend Schwabing et une partie de Maxvorstadt. Il suit, en 1901-1902, des cours à l’université Ludwig-Maximilian. Le Munich illuminé du tournant du siècle l’envoûte. L’architecture de cette ville d’art l’impressionne. La Ludwigstrasse est pour lui une des plus belles rues du monde. Les châteaux, situés non loin de Munich, construits à l’initiative du roi Louis II de Bavière lui font grande impression. Le 27 décembre 1901, il visite la chapelle érigée près du lac de Starnberg consacrée au souvenir de ce souverain mort noyé en cet endroit. Dans les églises munichoises, il perçoit la différence entre le catholicisme du sud de l’Allemagne et le protestantisme du nord dont il est originaire. Il admire le compositeur de musique Richard Wagner et le peintre symboliste suisse Arnold Böcklin. Il s’intéresse au théâtre, ainsi qu’aux symphonies de Richard Strauss. Il prend des cours de dessin de nus.

    Les membres du cercle constitué autour du poète rhénan Stefan George, un des inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande, se réunissent dans une maison voisine de celle dans laquelle Oswald Spengler vit dans la Kaulbachstrasse. Franziska zu Reventlow, qui fréquente les membres munichois de ce cercle, décrira l’ambiance de l’époque au sein du quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing dans son roman à clé Herrn Dames Aufzeichnungen oder Begebenheiten aus einem merkwürdigen Stadtteil (« Les notes de Monsieur Dame ou événements de la vie d’un quartier étrange »), qui paraîtra en 1913 et deviendra un des livres préférés d’Oswald Spengler. Ce dernier ne fréquente pas les membres du cercle Stefan George, à l’exception de Friedrich Huch et, plus tard, de Karl Wolfskehl, qui a appartenu au Cercle cosmique de Munich, avec Alfred Schuler et Ludwig Klages, deux inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande dont Oswald Spengler apprécie fortement les idées tout en n’entretenant pas de relation avec eux.

    Retour à Munich

    Une décennie plus tard, en 1911, à la suite du décès inopiné de sa mère, il hérite d’une somme d’argent qui lui permet désormais de vivre sans travailler et choisit de s’implanter dans la ville qui représente le sud et la liberté : Munich. Il a pour objectif de se consacrer à la poésie et à l’art. Il est déçu par le style Art nouveau des constructions qui ont vu le jour au cours des dernières années et par la peinture expressionniste du groupe Der Blaue Reiter (« Le cavalier bleu ») de Vassily Kandinsky, Franz Marc, August Macke, Gabriele Münter, Paul Klee, … Il vit dans deux pièces meublées au numéro 38 de l’Arcisstraße, dans le quartier de Maxvorstadt, non loin du quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing. Il porte son linge dans un lavoir de la Schellingstraße. Une employée, Maria Kirmaier, lui reprise ses chaussettes. Oswald Spengler déménage en 1914 dans l’Agnesstraße au numéro 54/1, dans le quartier de Schwabing. L’appartement est orienté vers le nord, toutes les fenêtres donnent sur la cour et il comprend trois pièces. Celle de réception contient des meubles en acajou hérités du côté maternel. La pièce avec la plus grande fenêtre est le bureau. Sa table de travail est une planche à repasser, en dessous de laquelle il peine à placer ses jambes, tournées de côté et l’une sur l’autre. Il se promène dans la rue de manière décontractée avec un sac à dos contenant des ouvrages empruntés à la bibliothèque municipale. Il écrit avant tout la nuit et mange à des heures irrégulières. Sa sœur Adele vit quelque temps chez lui puis part.

    La guerre

    Oswald Spengler ne participe pas, car cela ne correspond pas à son tempérament, à l’éclatement de joie et d’excitation nationaliste parmi la masse qui se rassemble sur l’Odeonplatz dans le centre de la capitale bavaroise lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale et reste à la maison. L’artiste peintre Adolf Hitler, fuyant le service militaire au sein de l’empire des Habsbourg et arrivé à Munich plus d’un an après lui, y prend, en revanche, part. Les deux hommes perçoivent ce moment comme étant d’une importance capitale. Spengler estime qu’il se trouve face au « plus grand jour de l’histoire mondiale qui tombe dans sa vie » et pense que cela s’accorde avec l’idée pour laquelle il est né. Fataliste, il voit la guerre comme une phase inévitable du déclin de l’homme occidental ambitieux et condamné à l’épuisement par sa propre dynamique infinie, alors qu’Adolf Hitler est, lui, émerveillé par cet événement et remercie le ciel de lui avoir donné la possibilité de vivre à cette époque.

    La guerre atteint les avoirs financiers d’Oswald Spengler. Il est contraint de gagner de l’argent via des exposés et des contributions à la presse écrite. L’économie de guerre provocant des privations, il subit la faim et le froid.

    La première partie du Déclin de l’Occident paraît en avril 1918. Attaqué par le philosophe Walter Benjamin et l’écrivain et journaliste Kurt Tucholsky, « Spengler fut au contraire salué par Georg Simmel, à qui il avait envoyé un exemplaire de son livre, comme l’auteur de la “philosophie de l’histoire la plus importante depuis Hegel”, ce qui n’était pas un mince compliment. L’ouvrage fit aussi grande impression sur Ludwig Wittgenstein, qui approuvait le pessimisme de Spengler, ainsi que les grandes lignes de sa méthode, sur l’économiste Werner Sombart, ainsi que sur l’historien Edouard Meyer qui, après une discussion de cinq heures avec l’auteur du Déclin de l’Occident, devint son admirateur et son ami. Max Weber fut moins impressionné, mais n’en invita pas moins Spengler à prendre la parole dans le cadre de son séminaire de sociologie à l’Université de Munich en décembre 1919. Quant à Heidegger, qui cite souvent Spengler, mais ne lui a jamais consacré d’étude exhaustive, il prononça en avril 1920, à Wiesbaden, une conférence sur Le déclin de l’Occident. » (1) L’ouvrage influence fortement Thomas Mann, alors que celui-ci adhère aux idées de la Révolution conservatrice allemande, dont il se détournera définitivement en 1922 et prendra ses distances avec le livre, ainsi que les frères Friedrich Georg et Ernst Jünger, deux autres penseurs de la Révolution conservatrice allemande.

    Le dégoût, qui envahit Oswald Spengler lors de la prise du pouvoir, le 7 et 8 novembre 1918, à Munich par le socialiste révolutionnaire Kurt Eisner, lui est presque insupportable.

    La République de Weimar

    La défaite de l’Allemagne constitue un énorme choc pour Oswald Spengler, ainsi que pour Adolf Hitler. Les deux sont opposés à la révolution de 1918, à la République et à au traité de paix de Versailles. En dehors de l’antisémitisme exacerbé et petit bourgeois d’Adolf Hitler qui a vécu à Vienne, les deux hommes désirent tous les deux la mise à bas du traité de Versailles, un Reich fort en tant que cœur d’une sphère d’influence, le nationalisme, un « socialisme allemand » et une direction autoritaire non-parlementaire.

    Oswald Spengler prend part, à Munich, à une conférence du comte et écrivain Hermann von Keyserling sur la reconstruction de l’esprit allemand. À l’issue de celle-ci, quelques participants se retrouvent en petit cercle : le médiéviste Friedrich von der Leyen et sa femme, Hermann von Keyserling et la sienne, le couple d’éditeur Hugo et Elsa Bruckmann qui tiennent le salon éponyme, l’historien de l’art Heinrich Wölfflin et Oswald Spengler. Alors que Spengler considère le déclin comme étant inévitable, Keyserling estime que la situation catastrophique de l’époque permet d’envisager une régénération spirituelle. (2)

    Au cours du mois de janvier ou février 1919, Oswald Spengler se plaint auprès de Karl Wolfskehl – un des précurseurs de la Révolution conservatrice allemande, ancien membre, au début du siècle, du Cercle cosmique – d’avoir dû confier son manuscrit de la première partie de sa production Le Déclin de l’Occident à l’éditeur viennois Braumüller, loin de Munich. Quelques jours plus tard, Karl Wolfskehl en parle à August Albers, lecteur aux éditions munichoises C. H. Beck. Cette maison publie en 1919 Preußentum und Sozialismus (« Prussiannité et socialisme ») – au sein duquel Oswald Spengler défend l’idée d’un socialisme prussien, basé sur la discipline, la hiérarchie, le sens du devoir, le sacrifice pour la communauté, la primauté de l’État et de la nation sur l’individu et la finance – et la seconde partie de l’œuvre Le Déclin de l’Occident en 1922. La maison d’édition publie également la troisième édition et les suivantes de la première partie du texte Le Déclin de l’Occident.

    Le 21 février 1919, le comte Anton von Arco auf Valley, ardent nationaliste, assassine Kurt Eisner. Le 7 avril, la République des Conseils est proclamée par des intellectuels anarchistes et des socialistes radicaux : Ernst Toller, Gustav Landauer, Erich Mühsam, Silvio Gesell et Ernst Niekisch – qui deviendra, à partir de 1926, un des principaux penseurs de la Révolution conservatrice allemande et le principal de sa tendance national-bolchévique. Le 12-13 avril 1919, des communistes instaurent la deuxième République des Conseils qui est écrasée le 2 et 3 mai par les corps francs nationalistes. Le 4 mai, Oswald Spengler rapporte à un ami : « Nous sommes enfin libérés de l’enfer de ces quatre semaines. » Ernst Niekisch est incarcéré à la suite de la répression organisée par les nationalistes et lit en prison des écrits d’Oswald Spengler.

    Au printemps 1920, Oswald Spengler change de logement au sein du même immeuble du 54/I de l’Agnesstraße, et vit dans un plus grand appartement situé au troisième étage. Il se rend en divers endroits d’Allemagne. Ainsi, Il rencontre, dans la seconde semaine de juillet à Berlin, Arthur Moeller van den Bruck, un des plus importants penseurs de la Révolution conservatrice allemande, dans une maison située Motzstraße 22 au sein de laquelle se réunit, sous la direction de Heinrich von Gleichen, le Juniklub, les deux étant également des éléments de la Révolution conservatrice allemande. Il prend part jusqu’en 1923 aux activités de la filiale munichoise du Juniklub dirigée par l’historien Karl Alexander von Müller (3). Oswald Spengler est en relation avec Elisabeth Förster-Nietzsche, la sœur du philosophe Friedrich Nietzsche qui est un des inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande.

    En 1924, alors qu’Adolf Hitler est emprisonné à Landsberg à la suite de son putsch manqué de 1923, Gregor Strasser tente d’obtenir d’Oswald Spengler qu’il publie des articles dans un organe de presse national-socialiste, ce que ce dernier refuse catégoriquement, car il estime que la politique doit reposer sur des faits et des considérations et pas sur un romantisme des sentiments qu’il attribue au national-socialisme.

    Il déménage, en 1925, dans la Widenmayerstraße, au numéro 26. Sa sœur, Hildegard Kornhardt-Spengler, dont le mari Fritz est mort au front durant la Première Guerre mondiale, et sa fille Hilde, partent à Munich et vivent chez Oswald Spengler.

    Oswald Spengler se promène, parfois accompagné de sa sœur, et se rend au théâtre. Le 3 août 1931, Karl Wolfskehl leur rend visite.

    Le IIIe Reich

    Après l’arrivé au pouvoir, le 30 janvier 1933, d’Adolf Hitler, Oswald Spengler rencontre ce dernier le 25 juillet 1933, de 12h30 à 14h, à Bayreuth. En août, Spengler lui envoie son ouvrage Jahre der Entscheidung. Deutschland und die weltgeschichtliche Entwicklung (« Années décisives. L’Allemagne et le développement de l’histoire mondiale »). Hitler fait transmettre un remerciement formel pour l’envoi. Le livre est perçu par les nationaux-socialistes comme une critique du système qu’ils ont mis en place, pendant qu’Oswald Spengler se tient totalement à distance d’eux.

    Après le discours tenu à l’université de Marbourg par le vice-chancelier national-conservateur Franz von Papen le 17 juin 1934 et rédigé par le théoricien de la Révolution conservatrice allemande Edgar Julius Jung contestant certains côtés, liés au national-socialisme, du nouveau régime, la Nuit des longs couteaux éclate et parmi les victimes des nationaux-socialistes se trouvent, à la suite d’une confusion avec une autre personne, le critique musical Willi Schmid qu’Oswald Spengler connaît personnellement et le national-socialiste de l’aile la plus sociale du parti Gregor Strasser qui entretient une correspondance avec Oswald Spengler, ainsi que l’ancien chancelier national-conservateur Kurt von Schleicher, auquel Oswald Spengler est lié, et sa femme. Edgar Julius Jung est aussi assassiné lors de la Nuit des longs couteaux. Cela s’ajoute au fait que Karl Wolfskehl, juif, a quitté l’Allemagne peu de temps après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler.

    Le 1er mai 1935, devant un million et demi de personnes rassemblées à Berlin-Tempelhof, ce dernier déclare : « Un écrivain a résumé ses vues sur l’époque dans un livre qu’il a intitulé Le déclin de l’Occident. Serait-ce donc vraiment la fin de notre histoire et de notre peuple ? Non ! Nous ne pouvons pas croire cela ! Ce ne doit pas être le déclin de l’Occident, mais la résurrection des peuples d’occident ! » (4)

    Oswald Spengler meurt le 8 mai 1936, dans son appartement à Munich, d’une crise cardiaque. Il est enterré au Nordfriedhof (« cimetière nord ») dans le quartier de Schwabing où repose, au sein de la crypte, Alfred Schuler, membre du Cercle cosmique et qui compte parmi les inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande qui sera théorisée par Armin Mohler qui sera enterré, ainsi que sa femme Edith, dans une tombe de ce cimetière. Une pierre en porphyre portant l’inscription « Spengler » est placée sur celle de l’auteur du Déclin de l’Occident.

    Le César attendu

    De nos jours, la phase ultime du déclin qu’est, selon Oswald Spengler, la dernière tentative vaine, constituée par l’avènement de Césars, de redressement avant l’effondrement final, paraît advenir. Par-delà la question de la différence entre le côté prolétarien du national-socialisme et celui plutôt aristocratique du prussianisme d’Oswald Spengler, ainsi que le fait que ce dernier reproche au national-socialisme son romantisme et un manque de profondeur intellectuelle, le clivage entre Adolf Hitler et Oswald Spengler semble à nouveau se poser de nos jours en Europe occidentale et aux États-Unis, entre ceux qui pensent que le redressement est possible grâce à des changements radicaux et ceux qui estiment que les carottes sont cuites. Pour ces derniers, il nous reste à couler de manière honorable en nous accrochant au mythe décrit par Oswald Spengler en conclusion de Der Mensch und die Technik.Beitrag zu einer Philosophie des Lebens (« L’Homme et la technique. Contribution à une philosophie de la vie ») qui veut que notre devoir soit de tenir la position perdue, sans espoir, comme ce soldat romain dont les ossements ont été retrouvés devant une porte de Pompéi et qui, pendant l’éruption du Vésuve, est mort à son poste parce qu’on a oublié de le relever. (5) Pour eux, ce qui a été une culture, puis une civilisation, ne sera bientôt plus qu’une simple « population », à l’instar de l’Égypte après la fin du monde des pharaons, dominée quelques temps par une civilisation étrangère, puis durant une ou deux générations par une autre.

    Lionel Baland (Site de la revue Éléments, 19 février 2026)

     

    Notes :

    (1) Alain de Benoist, Quatre figures de la Révolution Conservatrice allemande. Werner Sombart, Arthur Moeller van den Bruck, Ernst Niekisch, Oswald Spengler, Association des amis d’Alain de Benoist, Paris, 2014, p. 257-58.

    (2) Wolfgang Martynkewicz, Salon Deutschland. Geist und Macht 1900-1945, Aufbau Verlag, Berlin, 2009, p. 347-348.

    (3) de Benoist, Quatre figures, p. 265-266.

    (4) de Benoist, Quatre figures, p. 280-281. (texte repris de : Max Domerus (Hg.), Hitler. Reden und Proklamationen 1932-1945, vol. 1, R. Löwit, Wiesbaden, 1973, p. 502)

    (5) Oswald Spengler, Der Mensch und die Technik, München, 1931, p. 89.

     

    Sources

    DE BENOIST Alain, Quatre figures de la Révolution Conservatrice allemande. Werner Sombart, Arthur Moeller van den Bruck, Ernst Niekisch, Oswald Spengler, Association des amis d’Alain de Benoist, Paris, 2014.

    ENGELS David, Oswald Spengler. Introduction au Déclin de l’Occident, collection Longue mémoire de l’Institut Iliade, La Nouvelle Librairie éditions, Paris, 2024.

    FRIEDEL Helmut (sous la direction de), La Städtische Galerie im Lenbachaus Munich, Prestel, Munich, 1999.

    KOKTANEK Anton Mirko, Oswald Spengler. Leben und Werk, Lindenbaum Verlag, Beltheim-Schnellbach, 2020.

    MARTYNKEWICZ Wolfgang, Salon Deutschland. Geist und Macht 1900-1945, Aufbau Verlag, Berlin, 2009.

    MOHLER Armin, Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932, Friedrich Vorwerck Verlag, Stuttgart, 1950.

    SPENGLER Oswald, Der Mensch und die Technik. Beitrag zu einer Philosophie des Lebens, München, 1931.

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  • Monte Verità...

    Les éditions de La Baconnière viennent de publier un récit de souvenirs d'Ida Hofmann intitulé Monte Verità - Vérité sans poésie. Pianiste et professeur de musique, Ida Hofmann a participé à la fondation de la communauté Monte Verità au début du XXe siècle.

    Ceux qui veulent en savoir plus sur la communauté de Monte Verità pourront se reporter à l'article de Lionel Baland, « De la bohème munichoise de Schwabing au Tessin », publié sur le site de la revue Éléments, et, surtout, à l'étude très fouillée de Philippe Baillet, « Monte Verità (1900-1920) : une "communauté alternative" entre mouvance völkisch et avant-garde artistique », publiée naguère dans la revue Nouvelle École (n°52, mars 2001).

     

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    " Un groupe d’artistes, d’intellectuels et d’anarchistes se rassemble en 1900 en Suisse italienne, à la recherche d’un mode de vie «plus sain et plus naturel». Au cours des premières décennies du XXe siècle, la colline où ils s’installent, rebaptisée Monte Verità, devient emblématique des nouvelles utopies; en cherchant des alternatives aux conventions sociales, la colonie se tourne vers le végétarisme, la frugalité, le féminisme, et un nouveau rapport à la nature, au corps et à la nudité. De nombreux artistes y séjournent et elle devient, à partir de 1913, le berceau de la danse moderne en accueillant, entre autres, Isadora Duncan, Émile Jaques-Dalcroze et Rudolf Laban.
    Ida Hofmann, cofondatrice de cette colonie avec son compagnon Henri Oedenkoven, témoigne dans ce récit des conditions de sa création et de la tension permanente entre idéalisme et réalité qui a caractérisé cette expérience. Elle passe en revue les principaux acteurs et actrices qui l’ont animée sans cacher les conflits internes et les désillusions, offrant ainsi une vision complexe de leur recherche de vérité et de beauté.
    Dans une prose incisive, non dénuée d’ironie, Ida Hofmann invite le lecteur à considérer le Monte Verità comme une illustration des défis auxquels nous sommes confrontés dans notre quête d’authenticité et de sens. Ce témoignage précieux est inédit en français. "

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  • Allemagne : la répression contre les patriotes s’accentue...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Lionel Baland, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la répression qui s'abat en Allemagne sur les organisations et les personnes appartenant à la mouvance patriote.

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    Allemagne : la répression contre les patriotes s’accentue

    Le système politique allemand, mis en place après la Seconde Guerre mondiale par les Alliés occidentaux et étendu dans l’Est de l’actuelle République fédérale d’Allemagne lors de la réunification survenue en 1990, présente la particularité d’être installé entre des « rails ». En conséquence, les individus et les structures qui développent des idées et des activités qui sont, sur la gauche ou sur la droite, à l’extérieur de ces « rails » sont soumis à diverses mesures de surveillance et de répression. Si ces dernières ont touché dans le passé essentiellement des éléments politiques radicaux, le rejet de l’immigration de masse, à la suite de l’ouverture des frontières par la chancelière démocrate-chrétienne CDU Angela Merkel en 2015, conduit à ce que des formations politiques qui disposent désormais d’un soutien important parmi la population se trouvent elles aussi dans le collimateur.

    Surveillance et infiltration

    Ainsi, l’État fédéral et chacun des seize États fédérés disposent d’Offices de protection de la Constitution qui jouent le rôle de services secrets. Les Offices de protection de la Constitution de chacun des États fédérés n’étant pas soumis à celui de l’État fédéral, chacune de ces structures agît de sa propre initiative et est en relation avec le ministère de l’Intérieur et le Parlement de l’entité qu’elle représente.

    Les Offices de protection de la Constitution classent des groupements qu’ils examinent en trois catégories : « objet d’observation », « cas suspect » et « extrémiste avéré  ». Les groupes qui sont mis dans les deux dernières d’entre elles font l’objet d’interceptions des communications (téléphoniques, par courriels, …) et d’infiltrations par des agents de renseignement. 

    Parmi les sections du parti patriotique Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne – AfD) ayant atteint le plus haut niveau dans ce classement figurent trois sections d’États fédérés de l’Est du pays. Une autre, également de l’Est, et l’AfD au niveau fédéral sont aussi placées dans cette catégorie, mais ce classement est suspendu dans les deux cas pour des raisons stratégiques en attendant que les recours juridiques introduits par l’AfD soient traités par les instances appropriées.

    Menaces d’interdiction

    L’AfD, première dans l’Est du pays et deuxième formation politique d’Allemagne dans les sondages, est sans cesse menacée de faire l’objet d’une procédure d’interdiction au niveau fédéral, même si la probabilité que celle-ci puisse aboutir sur le long terme reste faible.

    En effet, au cours de l’histoire de la République Fédérale d’Allemagne, seules deux formations politiques ont été interdites : le parti national-socialiste Sozialistische Reichspartei (Parti socialiste de l’Empire – SRP) en 1952 et le parti communiste Kommunistische Partei Deutschlands (Parti communiste d’Allemagne – KPD) en 1956.

    Les tentatives de prohibition visant le parti ultranationaliste Nationaldemokratische Partei Deutschlands (Parti national-démocratique d’Allemagne – NPD) ont échoué dans le passé, la Cour constitutionnelle fédérale estimant que, ce parti étant infiltré par des informateurs de l’Office de protection de la Constitution, il n’était pas possible de déterminer si les propos et les actes considérés comme anticonstitutionnels émanaient ou non d’informateurs – certains de ceux-ci exerçant même de hautes fonctions au sein du parti – et aussi que, au vu de ses résultats électoraux, le NPD ne représentait pas réellement une menace pour le système en place.

    Gouvernement illégitime

    Lors des élections législatives du 23 février 2025, le parti de gauche anti-immigration Bündnis Sahra Wagenknecht – Für Vernunft und Gerechtigkeit (Alliance Sahra Wagenknecht – Pour la raison et la justiceBSW) a raté à moins de 14 000 voix près le seuil électoral des 5 % permettant de siéger à la Chambre fédérale des députés. Après des recomptages partiels dans l’un ou l’autre endroit du pays, ce nombre est tombé à moins de 10 000 voix. En conséquence, les extrapolations permettent d’affirmer qu’en cas de nouveau comptage dans l’ensemble de l’Allemagne, le BSW atteindrait les 5 % nécessaires. Or, si le BSW siégeait à la Chambre fédérale des députés, le gouvernement actuel, dirigé par Friedrich Merz et regroupant les démocrates-chrétiens de la CDU, les sociaux-chrétiens bavarois de la CSU et les sociaux-démocrates du SPD, n’y disposerait plus d’une majorité des sièges.

    Le BSW a introduit une demande de recomptage auprès de la Cour constitutionnelle fédérale. La juridiction a décliné la requête. Le BSW désire s’adresser à la commission adéquate de la Chambre des députés afin de déposer la même sollicitation, mais trois mois après le scrutin celle-ci n’est toujours pas constituée.

    Vote de l’ancienne Chambre

    Après les élections législatives, l’ancienne Chambre des députés a voté, à la majorité des deux tiers, une réforme de la Constitution portant sur l’assouplissement du « frein à la dette », car au sein de la nouvelle Chambre des députés, une majorité des deux tiers en faveur de cette modification n’aurait pu être dégagée. Afin que cette mesure soit adoptée par les écologistes, une promesse d’attribuer une partie des fonds à l’environnement a été faite ainsi que celle de proposer le ministre écologiste sortant des Affaires étrangères Annalena Baerbock au poste de présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, fonction que cette dernière exerce désormais.

    Délit d’expression

    En Allemagne, à l’instar d’autres pays d’Europe occidentale, diverses opinions sont réprimées, mais également l’utilisation de symboles et de slogans anticonstitutionnels. Ainsi, Björn Höcke, qui est le chef de file de la tendance nationaliste de l’AfD et le codirigeant de l’AfD en Thuringe, ainsi que le président du groupe des élus de l’AfD au sein du Parlement de Thuringe, a été condamné au pénal à une peine de 13 000 euros pour avoir déclaré « Tout pour l’Allemagne ! » eu sein de la phrase « Tout pour notre patrie, tout pour la Saxe-Anhalt, tout pour l’Allemagne !», puis, une autre fois, à 16 900 euros pour avoir dit « Tout pour … », attendant que le public réponde « … l’Allemagne ! »

    Des écrivains et des éditeurs aussi visés

    La Nouvelle Droite allemande participe au combat métapolitique et influe fortement sur les idées de l’AfD. Sa principale structure se trouve à Schnellroda dans l’Est du pays, où l’éditeur Götz Kubitschek s’est implanté et subit les persécutions de l’Office de protection de la Constitution de Saxe-Anhalt et de l’Office fédéral de protection de la Constitution.

    Sa maison d’édition Antaios est placée sous surveillance et est classée en tant que « avérée d’extrême-droite », alors que la « fabrique d’idées » Institut für Staatspolitik (Institut pour la politique d’État – IfS) siégeant au même endroit s’est auto-dissoute en 2024, par crainte d’une interdiction par les autorités.

    Interdiction professionnelle

    Dans le plus pur style des systèmes politiques totalitaires, l’écrivain patriote John Hoewer est officiellement empêché d’avoir accès au stage ouvrant la voie vers la profession d’avocat, de juge ou de procureur à cause d’écrits qu’il a réalisés et de son rôle au sein des deux organisations classées « avérées d’extrême droite » Ein Prozent et Junge Alternative, qui est l’organe de la Jeunesse de l’AfD.

    Le système liquide ses propres valeurs

    En étant de plus en plus contraint de renoncer à ses propres principes basés sur l’affirmation de la démocratie et de la liberté d’expression, le système politique en place en Allemagne montre qu’il se sent de plus en plus menacé par des partis qui le contestent.

    Si, naguère, le rejet du système était extrêmement limité grâce à la qualité et au niveau de vie dans l’Ouest du pays et à la promesse et à l’espoir pour la partie orientale d’atteindre dans le futur les standards de vie de l’Allemagne occidentale d’autrefois issus du miracle économique de l’après-guerre, une partie importante de la population ne se reconnaît plus dans les partis du système ; la mondialisation, l’immigration de masse incontrôlée, ainsi que les mesures écologistes et la guerre en Ukraine soutenue par les partis du système qui engendrent une augmentation des coûts énergétiques, décrédibilisent de plus en plus le régime qui se cabre et tente de se protéger en violant ouvertement ses principes fondamentaux.

    Pour le système en place, la roche Tarpéienne n’est plus loin du Capitole !

    Lionel Baland (Site de la revue Éléments, 13 juin 2025)

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  • La percée du nationalisme en Europe de l’Est est-elle liée à une nostalgie des régimes communistes ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Lionel Baland, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la spécificité de l'ancienne Allemagne de l'Est, dont on voit la population voter majoritairement pour deux partis populistes anti-immigration, l'un de droite et l'autre de gauche...

     

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    La percée du nationalisme en Europe de l’Est est-elle liée à une nostalgie des régimes communistes ?

    Si la montée en puissance des idées nationalistes en Europe de l’Ouest s’explique par l’arrivée massive d’immigrants posant des problèmes graves et par la désindustrialisation produite par la mondialisation effrénée, elle questionne en Europe de l’Est où les étrangers non-européens sont, pour le moment, encore peu nombreux et où l’économie est en plein développement.

    Parmi les endroits situés au sein de l’ancien bloc de l’Est où le nationalisme monte, l’Est de l’Allemagne présente la particularité, pour le moment unique, de combiner le fait d’avoir, d’une part, connu le communisme et, d’autre part, d’être confronté à la présence importante de migrants, arrivés après l’ouverture en 2015 des frontières par la chancelière fédérale démocrate-chrétienne (CDU) de l’époque, Angela Merkel, qui a ensuite réparti ceux-ci dans l’ensemble de son pays, y compris au sein de la partie orientale.

    Cette zone voit désormais deux partis de type nationaliste y obtenir des résultats éclatants : une version de droite appelée Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne – AfD) et une de gauche anti-immigration, le Bündnis Sahra Wagenknecht – Für Vernunft und Gerechtigkeit (Alliance Sahra Wagenknecht – Pour la raison et la justice – BSW), dont la figure de proue et co-présidente est Sahra Wagenknecht. Si l’AfD est patriote ; dans l’Est, elle peut être qualifiée clairement de nationaliste et son programme, qui est libéral d’un point de vue économique et social au niveau fédéral (avec comme fer de lance de cette tendance la co-présidente fédérale du parti Alice Weidel), est dans l’Est plus axé sur le « patriotisme solidaire » théorisé par l’écrivain de la Nouvelle Droite allemande Benedikt Kaiser dans son ouvrage Solidarischer Patriotismus. Die soziale Frage von rechts (« Patriotisme solidaire. La question sociale vue de droite ») paru en 2020.

    Cette demande, forte d’un point de vue électoral de plus de solidarité et de plus de protection face à la mondialisation et à l’immigration de masse, est-elle liée à une nostalgie de l’époque de la République démocratique allemande (RDA) communiste ? L’historien allemand Ilko-Sascha Kowalczuk, qui est un des experts les plus renommés de l’histoire de la République démocratique allemande et qui s’oppose à la montée en puissance de l’AfD et du BSW dans l’Est de l’Allemagne, qu’il lie au phénomène illibéral représenté par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, publie un ouvrage au sein duquel il tente d’éclairer cette question : Freiheitsschock. Eine andere Geschichte Ostdeutschlands von 1989 bis heute (« Choc de la liberté. Une autre histoire de l’Allemagne de l’Est de 1989 à aujourd’hui »).

    Le choc de la transformation

    Ilko-Sascha Kowalczuk estime que, lors de la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, la population d’Allemagne de l’Est a subi un choc face à l’arrivée de la société ouverte, théorisée par le penseur libéral Karl Popper au sein de son ouvrage La Société ouverte et ses ennemis (1945) ; et de nombreuses personnes n’ont pas perçu ce changement en tant que libération. De plus, les habitants de l’Est ont pensé que la société ouverte apporte nécessairement la prospérité économique, ce qui n’est pas le cas.

    Après la chute du communisme, à la fin de l’année 1989, et la réunification de l’Allemagne survenue moins d’un an plus tard, les habitants de l’Est, qui s’attendaient à de lentes modifications, à l’impact limité, se sont retrouvés face à des transformations radicales. De nombreuses personnes ont été déçues et désillusionnées par ces changements et la précarité qui en a découlé. De plus, en République démocratique allemande, la société civile était quasi inexistante, sauf au sein des Églises, et n’était pas souhaitée par le parti politique dominant, le SED, et la Sécurité d’État, la Stasi. Le nationalisme était, en fait, répandu au sein de la RDA. Dans l’Est, l’ancrage des partis politiques reste faible et la banalisation du passé communiste et national-socialiste y est plus développée. Inutile de dire que la réunification y a laissé des traces, car elle a créé de nombreuses injustices. Elle est perçue comme une opération ayant permis la vente à la découpe de l’économie est-allemande à des intérêts financiers de l’Ouest de l’Allemagne. Les Allemands de l’Est, les « Ossis », se sentent considérés comme des citoyens de seconde zone qui ont été discriminés tant à l’Ouest de l’Allemagne (car considérés comme « arriérés » et non-adaptés aux exigences productivistes de l’économie de marché) que chez eux où des personnes arrivées de l’Ouest du pays réunifié ont mis la main sur des postes importants au sein de l’appareil d’État ou y ont implanté des commerces et entreprises en disposant de fonds financiers dont étaient dépourvus les habitants de l’Est du pays. Un fait à noter donc : la dénonciation des élites par l’AfD porte avant tout sur celles de l’Ouest. Bien que né en ex-RFA, ce parti obtient ses meilleurs scores dans l’ancienne RDA. La presse du Système, perçue comme une émanation de l’Ouest, y est déclarée « mensongère ».

    La voix de l’Est

    Alors que, lors des dernières élections législatives de 2021, le parti post-communiste Die Linke n’a décroché que 4,9 %, n’atteignant pas le seuil électoral des 5 %, et ne doit sa présence à la Chambre des députés – en recevant 39 sièges – qu’à l’obtention de trois mandats directs dans l’Est, Sahra Wagenknecht, qui est issue de ce parti et a annoncé le quitter en octobre 2023 pour former le BSW, bénéficie d’un grand nombre de passages dans les médias nationaux car elle est perçue comme la voix de l’Est du pays.

    « Beaucoup de ce que l’AfD ou le BSW représentent, par exemple un État fort, une posture anti-occidentale liée à une proximité avec des États autoritaires comme la Russie, l’aspiration à une société homogène, une orientation nationale-ethnique de la politique sociale, des frontières fermées, un rejet de l’Europe et de l’euro, la mise en avant du principe de “L’Allemagne d’abord” et un point final aux débats épuisants sur l’histoire allemande obtiennent une grande résonance dans l’Est de l’Allemagne, par-delà le clivage entre les partis », résume Ilko-Sascha Kowalczuk (p. 182).

    L’auteur pense que l’actuelle percée de l’AfD dans l’Est, avec des cadres politiques venus de l’Ouest, se répercutera aussi, demain, dans la partie occidentale.

    La population de l’Est a compris, à la suite du crash financier de 2008, que tout ne va pas de soi dans le capitalisme et se trouve face à l’instabilité créée par le défi de l’évolution due à la digitalisation. Elle se tourne en conséquence vers la sécurité et le passé. Or, l’Est de l’Allemagne dispose d’une longue tradition autoritaire : Empire allemand, République de Weimar, Troisième Reich, RDA. Ainsi les Allemands de l’Est se sentent-ils solidaires avec la Russie car ils voient en Vladimir Poutine le représentant d’une position anti-occidentale et anti-américaine.

    Deux ouvrages qui ont rencontré un grand succès, et qui n’apportent selon Ilko-Sascha Kowalczuk rien de nouveau en termes de contenu, ont dernièrement façonné le débat : Der Osten : Eine west-deutsche Erfindung (« L’Est : une invention Ouest-allemande ») du professeur de littérature Dirk Oschmann et Diesseits der Mauer. Eine neue Geschichte der DDR 1949-1990 (« De ce côté du mur. Une nouvelle histoire de la RDA 1949-1990 ») de l’historienne Katja Hoyer. Le premier rend responsable l’Ouest de tout ce qui ne va pas depuis 1990 et innocente l’Est. Le deuxième présente la société de la RDA comme ayant été harmonieuse et éloignée des dirigeants dictatoriaux dont elle se souciait peu. L’Ostalgie – nostalgie de l’Allemagne de l’Est communiste – a pris le dessus sur le souvenir des désagréments de l’époque.

    La lutte est lancée

    Ilko-Sascha Kowalczuk estime que le système libéral est menacé dans de nombreux pays d’Europe, le Danemark constituant à ses yeux une exception, car les sociaux-démocrates y ont repris et appliqué une partie de la rhétorique des partis patriotiques, leur coupant ainsi l’herbe sous les pieds.

    Lui, qui a connu le régime communiste de la RDA, puis sa chute et le triomphe du libéralisme, craint fortement que le système actuel ne tombe à son tour. En effet, dans l’Est de l’Allemagne – et peut être aussi à l’avenir à l’Ouest –, les partis politiques du Système, représentant la société ouverte libérale, peuvent perdre la bataille contre les trois partis anti-système qui prétendent renouer avec la grandeur du passé : les nationalistes de l’AfD, les nationaux-bolcheviks du BSW et les post-communistes de Die Linke. Le match est lancé et il n’y aura qu’un vainqueur.

    Lionel Baland (Site de la revue Éléments, 24 octobre 2024)

     

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  • L'Allemagne secrète de Stefan George...

    Nous reproduisons ci-dessous un texte de Lionel Baland cueilli sur le site de la revue Eléments et consacré au mythe de l'Allemagne secrète remis au jour dans les années 20 du vingtième siècle par les membres du Cercle Stefan George, dont furent membres les frères Stauffenberg.

     

     

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    Vive l’Allemagne secrète !

    Lorsque le comte Claus von Stauffenberg est fusillé le 21 juillet 1944 à Berlin, après avoir placé, le jour précédent, une bombe au quartier général d’Adolf Hitler à Rastenbourg en Prusse-Orientale, il crie, en référence à son mentor le poète symboliste rhénan Stefan George, « Vive l’Allemagne secrète ! »1 Celle-ci est un mythe plongeant ses racines dans le monde impérial des Hohenstaufen de Frédéric Ier Barberousse et de Frédéric II et introduit dans la poésie, sous une forme codée, dans les hymnes de Friedrich Hölderlin2 et dans les écrits de Friedrich Schiller, de Heinrich Heine, de Paul de Lagarde, de Julius Langbehn, ainsi que dans la légende de Frédéric Ier Barberousse endormi dans un château souterrain au fond du massif de moyenne montagne du Kyffhäuser.3

    Karl Wolfskehl, membre du cercle constitué autour du poète Stefan George, utilise, dans un texte paru dans le Jahrbuch für die geistige Bewegung de 19104 et intitulé « Die Blätter für die Kunst und die neueste Literatur » (Les Feuilles pour l’art et la littérature la plus récente), le terme « Allemagne secrète ».

    Stefan George et les trois frères Stauffenberg – les jumeaux Alexander et Berthold, ainsi que Claus – font connaissance à Marbourg au printemps 1923.

    Ernst Kantorowicz, autre membre du cercle Stefan George et futur auteur de l’ouvrage Les Deux Corps du roi, se rend à Rome, durant le printemps 1924, avec des amis historiens et les jumeaux Alexander et Berthold von Stauffenberg. Certains d’entre eux voyagent en mai 1924, durant la semaine de Pâques, vers Naples, Paestum et poursuivent vers Ségeste et Palerme en Sicile. Parmi eux figurent plusieurs membres du Cercle Stefan George, dont Ernst Kantorowicz et Berthold von Stauffenberg. Ils déposent, alors que les autorités italiennes fêtent les 700 ans de la fondation de l’université par Frédéric II de Hohenstaufen, sur le sarcophage de ce dernier, une couronne portant la mention « À son empereur et héros, l’Allemagne secrète. »

    À l’automne 1924, Claus von Stauffenberg écrit à Stefan George afin de lui faire part du fait que l’œuvre de ce dernier l’a secoué et réveillé et qu’il est prêt à l’action au service de « L’Allemagne secrète ».

    « Geheimes Deutschland » (L’Allemagne secrète) est le titre d’un poème de Stefan George écrit au début de la décennie 1920 et paru5 dans le recueil de poèmes Das neue Reich (Le nouveau règne ou Le nouvel Empire) en 1928.

    L’Allemagne secrète, à partir de laquelle le « Nouveau Reich » doit se développer,  est le cercle, ayant surgi organiquement, de personnes rassemblées autour de Stefan George. L’Allemagne de Stefan George, sensée représenter la vraie Allemagne, est vitale, forte et pure. Elle est une Allemagne parallèle à celle de la société de l’époque, la fausse Allemagne de l’individualisme de la société bourgeoise de la république de Weimar, et doit, à terme, la remplacer. La question est de savoir comment se débarrasser de la seconde. Les idées de Stefan George sont élitistes, hiérarchiques, anti-démocratiques et antirationalistes.

    Le nouveau régime

    Après l’arrivée d’Adolf Hitler au poste de chancelier, le 30 janvier 1933, le clivage au sein du cercle des adeptes de Stefan George s’accentue. Le comte Woldemar von Uxkull-Gyllenband6, professeur d’histoire à Tübingen, compte parmi ceux qui voient dans le IIIe Reich la réalisation du « nouveau Reich » prophétisé par le maître et donne, le 12 juillet 1933, pour le 65è anniversaire de ce dernier, une conférence dans laquelle il le présente en tant que prédécesseur intellectuel de la révolution nationale-socialiste.

    Lorsqu’Ernst Kantorowicz reçoit, à l’instar de Stefan George, le texte de cette conférence, il est horrifié par celui-ci car, à cette époque, des mesures politiques prises par les nouveaux dirigeants de l’Allemagne visent les juifs, alors qu’il en est un. En conséquence, il décide de s’opposer publiquement à la tentative de récupération des idées de Stefan George par le nouveau régime.7 Ernst Kantorowicz tient un discours8, véritable acte de résistance, le 14 novembre 1933, à l’occasion du départ de sa chaire universitaire de Francfort-sur-le-Main, intitulé l’« Allemagne secrète » et au sein duquel il affirme l’incompatibilité entre le Reich d’Adolf Hitler et celui de Stefan George. Ernst Kantorowicz prétend que Karl Wolfskehl a transformé, dans son texte paru dans le Jahrbuch für die geistige Bewegung de 1910, le sens du terme « Allemagne secrète » qui avait été façonné par Paul de Lagarde et repris par Julius Langbehn qui lui a donné l’acceptation dont Rembrandt, Ludwig van Beethoven et Johann Wolfgang von Goethe parlent en tant que « Le vrai empereur de l’Allemagne secrète ». Selon Kantorowicz, Wolfskehl se réfère, dans cette expression, « à des individus, porteurs de certaines forces allemandes encore endormies dans lesquelles l’être futur le plus sublime de la nation est préfiguré ou déjà incarné. » Il voit dans « l’Allemagne secrète » « les récipiendaires d’une force immuable, éternellement la même, qui reste secrète comme un courant sous-jacent sous l’Allemagne visible et qui ne peut être saisie qu’à travers des images ». Cette « Allemagne secrète », réveillée par la nouvelle poésie, n’existe que dans l’environnement de Stefan George et ne doit jamais être identifiée à un régime politique existant car elle relève du domaine spirituel, du choix, de l’âme et de l’esprit et pas de la naissance, ni du sang et n’a ni un caractère national, ni un caractère racial : « L’Allemagne secrète est toujours proche, voire présente, comme un jugement dernier et une révolte des morts. […] Un règne à la fois de ce monde et pas de ce monde, un règne qui est là et pas là, un règne à la fois des vivants et des morts, qui se transforme et est cependant éternel et immortel. » Il la définit en tant que « communauté secrète des poètes et des sages, des héros et des saints, des sacrifiants et des sacrifiés, que l’Allemagne a engendrés et qui se sont offerts à l’Allemagne. »9

    Au printemps 1933, Stefan George rejette la demande du ministre de la Propagande du IIIe Reich Joseph Goebbels lui proposant la présidence d’une nouvelle Académie allemande de poésie purgée d’écrivains considérés par le nouveau régime comme indésirables, tout en saluant le fait que celle-ci soit « sous un signe national », en ne niant absolument pas être l’ancêtre du nouveau mouvement national, en ne mettant pas de côté sa collaboration spirituelle, en précisant que les lois des domaines spirituel et politique sont très différentes et que leur rencontre constitue un processus extrêmement compliqué.10

    Stefan George part s’installer en Suisse, dans le Tessin, où il passe depuis plusieurs années l’hiver. Les frères Stauffenberg l’accompagnent en cours de route. Ces derniers réagissent différemment à l’avènement du IIIe Reich : Berthold et Alexander de manière réservée, Claus, qui aurait pris part à des manifestations publiques en faveur d’Adolf Hitler, avec approbation.

    Alors que son disciple Karl Wolfskehl, juif, attendait, en l’implorant par des lettres, de lui une prise de position par rapport au national-socialisme et un soutien envers les juifs, ou, au moins envers ceux membres de son cercle, Stefan George se tait. Klaus Mann écrit : « Nous espérons que le fait qu’il se taise signifie un rejet. » et « Hitler et Stefan George, ce sont deux mondes qui ne pourront jamais couler un vers l’autre. Ce sont deux sortes d’Allemagne. »11 Pour Stefan George, les mesures prises contre les juifs par le IIIe Reich apparaissent probablement secondaires par rapport au destin futur de l’Allemagne, ce pays devant, selon lui, affronter de graves difficultés au cours des décennies à venir.

    La mort du maître

    Alors que Stefan George est mourant, les trois frères Stauffenberg sont autorisés à lui rendre visite. Ernst Kantorowicz en est, cependant, dissuadé, par l’entourage du poète qui compte en son sein Robert Boehringer, l’exécuteur testamentaire de Stefan George, afin d’éviter de froisser les autorités nationales-socialistes allemandes par la présence d’une personne juive et de ne pas, ainsi, troubler la réception en Allemagne de l’œuvre.12

    Stefan George meurt à l’hôpital de Locarno, le 4 décembre 1933, après avoir eu la prudence de ne pas se prononcer de manière décisive sur le nouveau régime, dont il n’a pu voir que les premières articulations.13

    Lors de la cérémonie funèbre de Stefan George, qui se déroule en petit cercle, un fossé apparaît entre les personnes favorables et opposées au national-socialisme. L’envoi par le gouvernement allemand d’une couronne de lauriers avec un ruban portant une croix gammée entraîne une dispute entre ceux qui désirent cacher ou enlever cette dernière et ceux qui veulent la laisser apparaître. Parmi les participants figurent Hanna et Karl Wolfskehl, ainsi que les trois frères Stauffenberg et Ernst Kantorowicz.

    Robert Boehringer est désigné par Stefan George, peu avant le décès de ce dernier, en tant que légataire universel. Boehringer vivant en Suisse, cela complique les actions en Allemagne et Claus von Stauffenberg devient héritier de remplacement de Stefan George.

    Durant l’été 1934, Claus von Stauffenberg prête serment, comme ses camarades de régiment,  au Führer de l’Empire et du peuple allemand et le reconnaît en tant que dirigeant de l’armée.

    Claus von Stauffenberg négocie, à la fin des années 1930, avec le Conseil municipal de Bingen am Rhein, l’aménagement de la maison familiale de Stefan George en tant que monument.

    Chaque année, les frères Stauffenberg et Robert Boehringer se réunissent à Minusio à l’occasion de l’anniversaire de la mort du maître.

    Les conséquences de l’attentat

    Claus von Stauffenberg, après avoir placé une bombe au quartier général d’Adolf Hitler, le 20 juillet 1944, à Rastenburg, en Prusse orientale, est fusillé le lendemain à Berlin. Il crie, selon les témoins, « Es lebe das geheime Deutschland! (Vive l’Allemagne secrète !) ou « Es lebe unser heiliges Deutschland! » (Vive notre sainte Allemagne !). La salve terrible retentit lorsqu’il prononce la fin de la phrase.

    Dans son livre14 sur Stefan George, l’historien suisse Edgar Salin rapporte les propos tenus oralement par son ancienne élève la comtesse Marion Dönhoff : le cercle des résistants de 1943-1944, auquel elle avait été liée, avait désigné, sous l’influence du comte Claus von Stauffenberg, leur mouvement en tant qu’« Allemagne secrète » (Geheimes Deutschland ou Heimliches Deutschland).

    Le 10 août, Berthold von Stauffenberg, frère et proche confident de Claus, est condamné à mort pour avoir pris part au complot, lié à l’attentat, en vue de tenter de renverser le régime national-socialiste. Il est exécuté, le jour même, par pendaison.

    Le troisième frère Stauffenberg, Alexander, le jumeau de Berthold, est emprisonné en raison de son lien de parenté avec les deux autres, ainsi que la famille Stauffenberg, y compris les enfants et les parents proches.

    Le siège familial des Stauffenberg à Lautlingen dans le Souabe est passé au crible, de fond en comble, par la Gestapo qui y trouve de nombreux documents liés au poète Stefan George, parmi lesquels figure le testament qui désigne Robert Boehringer à Genève en tant qu’héritier principal, ainsi que Berthold comme héritier secondaire.

    La conjointe d’Alexander, Melitta Schiller, issue d’une famille judéo-russe d’Odessa, pilote d’essai dans l’industrie, ne doit plus utiliser le nom de famille Stauffenberg, mais est contrainte de s’appeler Schenk. Elle est touchée, lors d’un vol, par la chasse britannique et arrive à réaliser un atterrissage d’urgence. Elle décède, quelques heures plus tard, des suites de ses blessures, le 8 avril 1945. À l’issue de la guerre, Alexander n’a plus de logement car son appartement de Wurtzbourg a été détruit par les bombes et il a perdu son emploi de professeur d’université à Strasbourg. En 1948, les éditions Delfin publient un opuscule de 15 pages comportant de la poésie écrite en 1943 par Alexander Stauffenberg à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Stefan George. 

    Lionel Baland (Site de la revue Eléments, 24 septembre 2024)

     

    Notes :

    1 – Il a crié soit „Es lebe das Geheime Deutschland!“ (Vive l’Allemagne secrète !), soit „Es lebe das heilige Deutschland!“ (Vive la sainte Allemagne !).

    2 – Jürgen W., Gansel, « Stefan George. Governor of the Secret Germany. », in : Conservative revolution. Responses to liberalism and modernity. Volume Five, Edited by Troy Southgate / Black front press, s.l., 2022, p. 107 à 112, ici p. 110.

    3 – Olena Semenyaka, « Friedrich Nietzsche as the ‘’founder’’ of Conservative revolution. », in : Conservative revolution. Responses to liberalism and modernity. Volume Five, Edited by Troy Southgate / Black front press, s.l., 2022, p. 7 à 33, ici p. 24.

    4 – p. 1 à 18

    5 – p. 59 à 65

    6 – Woldemar von Uxkull-Gyllenband se distancie ensuite rapidement du nouveau régime.

    7 – Achim Aurnhammer, Wolfgang Braungart, Stefan Breuer und Ute Oelmann (Hrsg.), Stefan George und sein Kreis. Ein Handbuch, 2. Auflage, in Zusammenarbeit mit Kai Kauffmann. Redaktion: Birgit Wägenbaur, De Gruyter, Berlin/Boston, 2016, p.84-85.

    8 – Ernst Kantorowicz, „Das Geheime Deutschland. Vorlesung, gehalten bei Wiederaufnahme der Lehrtätigkeit am 14. November 1933. Edition von Eckhart Grünewald“, in: Robert L. Benson, Johannes Fried (Hgg.), Ernst Kantorowicz. Erträge der Doppeltagung, Institute for Advanced Study (Princeton) / Johann Wolfgang Goethe-Universität (Frankfurt), Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1997, p. 77 à 93.

    9 – Ibid., ici p. 80.

    10 – Robert E Norton, Secret Germany. Stefan George and his circle, Cornell University Press, Ithaca & London, 2002, p. 728-729.

    11 – Klaus Mann, in : Die Sammlung. Literarische Monatsschrift unter dem Patronat von André Gide, Aldous Huxley, Heinrich Mann, hrsg. von Klaus Mann, Reprint en 2 vol., Rogner und Bernhard bei Zweitausendeins, München, 1986, S. 98ff.

    12 – Benjamin Demeslay, Stefan George et son cercle. De la poésie à la Révolution conservatrice, collection Longue Mémoire de l’Institut Iliade, La nouvelle librairie, Paris, 2022, p. 3-4.

    13 – Introduction à Stefan George, Poésies complètes. Traduction et édition de Ludwig Lehnen. Nouvelle version, HD Éditions, Villiers St-Josse, 2023, p. 12.

    14 – Edgar Salin, Um Stefan George. Erinnerungen und Zeugnisse, Helmut Küpper vormals Georg Bondi, München / Düsseldorf, 1954.

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  • La droite identitaire allemande rebat les cartes !...

    Le 22 janvier 2024 sur Radio Courtoisie, le Libre journal "Vivre la civilisation européenne", animé par Romain Petitjean, recevait Lionel Baland et Antoine Dresse (alias Ego Non) pour évoquer l’irruption spectaculaire d’une droite conservatrice et identitaire dans le paysage politique allemand

    Journaliste belge, Lionel Baland anime un blog qui suit de très près l’actualité des partis patriotiques en Europe. Il est l’auteur de Jörg Haider, le Phénix - Histoire de la famille politique et libérale et nationale en Autriche (Éditions des Cimes, 2012).

    Ego Non, spécialiste de philosophie politique, au fait des grandes dynamiques politiques en cours en Europe centrale et occidentale, vient de publier un essai intitulé Le réalisme politique -  Principes et présupposés (La Nouvelle Librairie, 2024), dans la collection Longue Mémoire de l’Institut Iliade.

     

                                            

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